lundi 20 novembre 2017

[Track of The Day] Conor Oberst - Empty Hotel by the Sea

Il y a encore quelques années, les disques de Bright Eyes brillaient de mille feux. Puis, peu à peu, Conor Oberst et ses copains ont perdu la flamme, leurs derniers albums ne contenant que de simples flammèches. Et ce projet a été mis entre parenthèses.
La carrière de Conor Oberst ne s’est pour autant pas arrêtée, et vu son talent de compositeur comme de parolier, c'eut été ballot vous admettrez.
Il a ainsi multiplié les disques que ce soit sous son propre nom, accompagné de The Mystic Valley Band ('Outer South') ou formant le temps d'un album un super groupe, Monsters of Folk, dont l'intérêt se limita finalement aux membres le composant (Conor Oberst donc, Jim James, M. Ward et Mike Mogis). Rien de bien remarquable en somme. L’an passé, Conor Oberst a sorti ‘Ruminations’, son sixième album solo. Un disque guitare-harmonica-piano-voix assez dénudé, très cru, joli et que sombre mais assez anodin au final.

Mais l'américain semble tenir énormément à ce disque vu qu’il a décidé de lui donner une seconde vie en le réenregistrant entièrement en compagnie d'un groupe cette fois (ce qui, soit dit en passant, n'est pas vraiment la norme dans ce sens là). Et ce sont les Felice Brothers qui s'y sont collés, plus Jim Keltner, batteur qui a officié sur bon nombres de disques ces dernières décennies, dont certains de Neil Young, Bob Dylan, John Lennon, George Harrison et même... Starmania.

A l'écoute de 'Salutations' (c'est donc le nom de cet album full band), une chose est sûre : si la pochette est plus lumineuse que celle de 'Ruminations', l'homme qui flotte a priori sans vie au milieu de sa piscine nous rappelle vite que les chansons sont les mêmes (agrémentées de sept nouveaux titres), et qu'on n'est pas là pour rigoler.

Sans doute trop long, l'ensemble prend en tout cas un second souffle bienvenu. Et cela va définitivement au teint et surtout la voix de Conor Oberst. Mieux, les sept chansons supplémentaires se révèlent être parmi les meilleures du disque ; Empty Hotel by the Sea, en écoute aujourd'hui, est d'ailleurs la plus réussie (et est une sorte de suite textuelle au Let's Not Shit Ourselves (To Love and to Be Loved) de Bright Eyes).
Plus Dylanien que jamais sur certains passages (Napalm en est le meilleur exemple, et à tous les niveaux), Conor Oberst ne ressuscite peut-être pas avec ‘Salutations’ ses Bright Eyes. Mais il en ranime l'esprit lors de quelques - courts - passages.
Espérons que ceux-ci lui donneront envie de relancer la machine d'un des groupes qui m'a procuré certains de mes plus beaux émois musicaux des années 2000. Parce que franchement Conor, ça fait bientôt 7 ans, il est temps mon gars.

Album : Salutations
Année : 2017
Label : Nonesuch


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vendredi 17 novembre 2017

[Track of The Day] Oneida - Town Crier

S’il est le nom d’une des cinq tribus fondatrices de la nation iroquoise (c’était le court instant wikipédia du jour), Oneida est aussi le nom d’un groupe originaire de Brooklyn et qui vient de fêter ses 20 ans.

Un groupe qui aura touché à beaucoup de choses en 20 ans : au psychédélisme, au noise, au rock simple et efficace mais aussi à l'expérimental. Entre autres choses.

Oneida aura joué toute sa carrière en deuxième division, alors que certains de ses disques aurait mérité clairement une qualification en Ligue des Champions. Foutues voies du succès sont décidément impénétrables.
Après cinq ans de silence, revoilà Oneida de retour aux affaires. Et ils nous font ça à l’ancienne : tout d’abord un 45-tours chez Joyful Noise (la face-A est en écoute ce jour) avant de sortir un double album au printemps prochain (qu’on peut raisonnablement imaginer voir sortir chez Jagjaguwar, leur label de - presque - toujours), qui ne contiendra pas ces deux chansons.

Parmi ces deux chansons, il y a la face-A donc, Town Crier, 2’50 mns pied au plancher, avec un gimmick des plus entêtant. Un retour un peu aux sources pour Oneida, rappelant assez 'Secret Wars'. Et ce n’est pas pour me déplaire, ce dernier faisant partie des tous meilleurs sortis dans les années 2000.

Album : Town Crier / Golden Age of the New Pariah 7"
Année : 2017
Label : Joyful Noise


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jeudi 16 novembre 2017

[Track of The Day] Algiers - The Underside of Power

Algiers ne s’est pas embêté pour son deuxième disque : la meilleure chanson a le même titre que l’album. Placée en troisième position, The Underside of Power est effectivement une grosse réussite. Une chanson qui fait s’imaginer la rencontre entre Tamla Motown et Tv On The Radio sous le haut patronage de Xiu Xiu. Bien que produite avec tous les boutons poussés dans le rouge, le résultat est explosif, extrêmement festif et dansant.

Ce qui est un peu plus dommage, c’est le reste de l’album qui, porté par cette production agressive, lasse plus qu’il ne convainc totalement. A confirmer sur scène, Algiers étant en tournée en France actuellement.

Album : The Underside of Power
Année : 2017
Label : Matador

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mardi 14 novembre 2017

[Track of The Day] James Holden & The Animal Spirits - Thunder Moon Gathering

On ne peut pas dire que je fais dans le court en ce moment. Après les 13'30" de Kamasi Washington, les 20 minutes de Max Richter hier, place aux près de 8 minutes de James Holden & The Animal Spirits.

Repéré par Nathan F de Playlist Society, voilà un disque totalement instrumental mais flamboyant en de nombreux points.
James Holden m'étant inconnu, je suis rentré dans ce 'The Animal Spirits' à l'aveugle.

Et j'ai été happé dès les premières secondes par cette ambiance si particulière et ce melting-pot de sonorités et d'influences. Il y a ici de la musique orientale, du (free) jazz, de l'expérimental, de l'électro, des beats, du folk sous-acide, des saxophones ivres...

Enregistré en une prise live pour chaque morceau, laissant place à l'improvisation sans pour autant que cela parte dans tous les sens et n'ait ni queue ni-tête, 'The Animal Spirits' rappelle aussi bien le premier album de Pivot quand ils ne s'appelaient pas encore PVT ('O Soundtrack My Heart') que le 'Live at the South Bank' de Kieran Hebden, Steve Reid et Mats Gustafsson (accessoirement mon album de l'année en 2011).
Mais surtout, en construisant brillamment leur propos (tout ici découle très simplement), James Holden & The Animal Spirits rendent cet album d'une consistance et d'une facilité d'écoute sidérante. Avec en point d'orgue ce Thunder Moon Gathering.

NB : Si vous voulez en savoir plus sur ‘The Animal Spirits’ de James Holden & The Animal Spirits, la chronique de The Quietus est faite pour vous.


Album : The Animal Spirits
Année : 2017
Label : Border Community

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Une fois n'est pas coutume, Thunder Moon Gathering de James Holden & The Animal Spirits est uniquement disponible dans les playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog). Mais d'autres extraits de 'The Animal Spirits' sont en écoute. Deux pour être exact : Each Moment Like The First et Pass Through The Fire. 




lundi 13 novembre 2017

[Track of The Day] Max Richter - The Waves: Tuesday

L’autre jour, alors que nous étions quelques-uns sur un forum musical à deviser  de Kamasi Washington, cette réflexion à propos de 'The Epic', le disque gargantuesque du saxophoniste américain en 2015, m’a interpellé : « Ce n'est pas qu'il impressionne, c'est qu'il dure près de trois heures, et qui a le luxe de pouvoir écouter trois heures de musique sans être dérangé/interrompu ? ».

Bonne question effectivement. Car dans cette course effrénée où une nouvelle chasse une autre en 30 mns, où l’on semble toujours vouloir en faire plus alors qu'on n'en a pas les moyens, prend-on encore le temps ? Qui n’a pas perdu une heure un soir, pourtant de fatigue avancée, à faire le tour (une énième) fois d’Internet, à lire ou relire des articles inintéressants au possible, à regarder des vidéos de sites-à-clics totalement débiles plutôt qu’aller se coucher ou de plonger dans un roman ? Comme happé par ces objets sur lesquels nous passons déjà une immense partie de notre journée ?

Pire : sommes-nous encore capable de regarder un film à la télévision sans faire des pauses « smartphone », à vérifier twitter, facebook ou les dernières news d’un autre réseau social comme si notre vie en dépendait ? Peut-on encore passer une soirée avec ses amis, sans participer à une conversation whatsapp de personnes absentes ? Sait-on encore lancer un disque (ou ne serait-ce qu’une chanson) sans rien faire d’autre que l’écouter, sans se laisser distraire par quelques jeux mobiles à la con qui occupent nos pauses ou notre ennui ? Je ne suis pas sûr que la réponse à ces questions soit positive. Ainsi, si on prenait aujourd'hui le temps de prendre le temps ? 

La chanson du jour s’y prête. Extraite de ‘Three Worlds : Music From Woolf Works’, elle vient conclure ce nouvel album de Max Richter (ce n’est pas vraiment le dernier vu que l’allemand semble produire des bande-originales de film ou de séries à la chaîne). Elle dure 21'38" minutes et est l’aboutissement d’un disque construit autour de trois livres de l’écrivaine Virginia Woolf.

The Waves: Tuesday (puisque c’est d’elle dont il s’agit) est un océan de douceur mais surtout de langueur. Donnant d’ailleurs sa pochette à l’album, ce morceau est le point culminant de ce disque magnifique qui voit Max Richter revenir à ses premières amours et mélanger musique néo-classique et littérature ('The Blue Notebooks' et  Franz Kafka, 'Songs from Before' et Haruki Murakami). 

The Waves: Tuesday débute doucement, avec la voix de Gillian « Scully » Anderson lisant le dernier texte écrit par Virginia Woolf, juste avant son suicide (et c'est quelque-chose). Derrière, les vagues semblent passer au loin. Quelques notes lumineuses arrivent, discrètes et répétitives. Presque lointaines. Puis la voix s’éteint, la brise musicale commence à se lever et Max Richter amène lentement et délicatement tous les instruments mais aussi cette voix (qui n'est pas sans rappeler son Sarajevo tiré de son premier album en 2002) qui vont permettre à la chanson de décoller de manière magnifique et puissante sur la toute fin. 

The Waves: Tuesday est un morceau qui prend ses aises, qui ne brusque pas les choses, qui laisse le temps suspendre son vol. Beau comme jamais, il s'agit sans doute là d'une des compositions les plus abouties de Max Richter. Et quand les dernières notes s'évanouissent, le choc est tellement fort que la meilleure chose à faire est d'écouter le silence. De ne rien faire. Et de continuer à prendre son temps.

Album :
Three Worlds: Music From Woolf Works
Année : 2017
Label : Deutsche Grammophon

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En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), The Waves: Tuesday de Max Richter est également en écoute ci-dessous :